Une fourche se présente, et l’on se retrouve presque avec Yvain à devoir choisir entre la route défrichée, pavée, royale ; ou bien l’aventure, qui n’est pas une route, mais qui est bien l’Ereignis selon Giorgio Agamben : « et le chevalier, en rencontrant l’aventure, se rencontre d’abord lui-même et son être le plus profond » (p. 75). Nous nous permettons cependant de faire de ce poème une ontologie féministe, chevaleresque non pas stricto sensu mais très métaphoriquement.
Lorsque tous les enfants que je n’aurai pas eus,
Et dont les noms muets paveront cette route
Que je n’ai pas suivie car je n’en voulais plus,
M’auront fatalement laissée juste à moi toute,
Pauvre vieille esseulée, peut-être sans amour,
Alors que deviendrai-je ? A qui prodiguerai-je
Cet amour sans objet qui me pèsera lourd ?
Qui prendra soin de moi ? – Les questions, comme un piège
Semblent nous murmurer qu’il n’y a point de salut
Hors des essarts brûlés d’une étreinte fertile,
Pourvoyeuse avisée de zélée géniture.
Mais je ne ploierai point. C’est un trop lourd tribut
(Tout·e enfant ayant droit toujours d’être indocile).
Pleine de peurs, je me déploie vers l’aventure.