[Ceci sera donc le premier poème inédit, non publié dans le recueil. Il aura probablement vocation à être publié dans un second… Programme : méta-egotrip fusion performative. Je suis la prof qui analyse le JE de son propre texte. Ainsi, en devenant à mon tour objet de littérarité, j’accomplis ma transformation en artiste qui perturbe l’ordre et la scansion. On y trouvera : des hiatus et son adjectif inventé, une citation de Clémence Royer (philosophe féministe et traductrice de Darwin au XIXe siècle) comme titre alternatif, et un jeu de pronoms significatif des trois figures évoquées : la prof, la muse, et l’artiste.]
Moi je n’ai pas besoin d’écrire des poèmes.
D’autres l’ont déjà fait, d’autres le font encor
Qui peinent fort à vivre en artistes bohèmes,
Qui jettent dans les airs leur poussière d’or.
Et moi j’enseigne l’art, je ne le crée pas.
Je suis celle qui ouvre, et admire, et qui lit
Les productions de l’autre avec le ton béat
Du respect qu’elle doit à l’esthète maudit.
Ou je peux être muse – un excellent emploi ! –
Moi la rousse solaire ou la lesbienne au bois,
Un fantasme fatal au papier immobile. »
Voyez, elle dit JE, est sujet, et écrit,
Et brumise son or hiatique au ciel fraîchi,
Car elle a pris son droit sur le papier labile.
« Je prends mon droit. »