Onanisme

Le croira-t-on ? J’ai décidé que la pause, qui aura duré un an, était terminée, et je commence à avoir de nouvelles idées. Voici le premier poème qui vient rompre mon abstinence, et ça tombe bien, puisque ça parle, entre autres, d’abstinence. Programme du soir : un clin d’œil à la passante baudelairienne, une révélation croustillante concernant le premier signe de mon coming in, et dans le second quatrain et le premier tercet un hommage successif à mes deux fidèles muses féminines – les deux seules, muses éternelles, celles pour qui j’ai écrit. Il se peut que j’aie glissé quelques allusions à la génitalité femelle dans ce poème…

Le premier appât fut, pour mon virage arqué,

Non pas le doux souris ou le regard despote

D’une beauté fatale à l’ourlet soulevé –

Mais je crois que ce fut l’odeur de ma culotte.

Bien sûr qu’elle me plut, bien sûr que je l’aimai ;

Bien sûr qu’elle fendit la sévère Abstinence,

Drapée dans ses lourds plis étanches et muets,

Par son aura célère, armée de nonchalance.

Plus tard, d’autres parfums eurent ma préférence ;

Et je vis pour le sucre onctueux de la langue

Et l’acide salé des lèvres de l’aimée.

Toutefois avant que je fisse connaissance

Des deux muses chéries, c’est par ma propre gangue

Perméable et plissée, que je fus excitée.

Epilogue II

Poème final de la section « Poèmes sensibles. Un itinéraire où l’on fuit progressivement les convenances (2019-2022) » : il s’agit de la section la plus touffue de la cinquantaine de mes poèmes que j’ai constitués en un recueil. Ici, on réfléchit (je réfléchis) sur le lien qui existe entre le JE poétique et le JE personnel de la poétesse ; et on répond (je réponds) à la question. (Il y a une double difficulté pour moi : me prendre au sérieux comme poétesse, et présumer qu’autrui doit me prendre au sérieux en tant que poétesse. J’ai du mal à prendre les choses au sérieux alors que mes poèmes sont souvent vraiment très sérieux. Comment se prendre au sérieux quand on essaie de déconstruire la figure de l’artiste ? Comment se prendre au sérieux quand on ne prend pas les autres au sérieux ?) On pourra mettre en doute mon affirmation selon laquelle j’ai une réponse à proposer. Je clos là la réflexion métaphysique et onaniste.

Je ne suis pas Ronsard, dont les amours chantées
Sont œuvre de commande aux accents fabuleux.
Mais si Flaubert était son Emma détestée,
Moi, je ne suis que moi, dans tous les je taiseux.

Oh jamais je ne dis que j’écris des poèmes
Et encore moins avoue que ledit je, c’est moi.
Je prétends que le texte existe par lui-même,
Qu’il ne dit rien de moi, qu’il ne m’appartient pas.

Il est un peu honteux d’écrire des sonnets,
Et d’avoir l’air sérieux, quand il faudrait en rire,
Et d’y parler de soi, quand on cache ses plaies,

Sous toute l’ironie d’une gaieté badine.
J’ai du mal quelquefois à ne pas en rougir.
Faites à votre gré. Ayez la bouche fine !

Epilogue I

Cher·es lecteurices, la démarche de publication de mes poèmes n’ayant pas pour l’instant abouti, il se peut que je reprenne le blog après cette pause d’un an, si je trouve suffisamment de matière poétique pour initier un second recueil. Le premier recueil a été, quant à lui, clos par deux poèmes inédits dont la valeur est explicitée par le titre, et dont je vous propose aujourd’hui le premier volet.

Lorsque je me suis mise à narrer mes émois,
Je me sentais très seule et je ne savais pas
A qui confier mes maux et comment adoucir
Ces idiotes pensées qui me faisaient fléchir.

Puisque je suis lettrée, puisque je sais écrire,
Puisque je ne pouvais à mon ami tout dire,
J’ai jeté mon lyrisme au journal que voilà
Et mes mots en pâture à l’abstrait lectorat.

Au fond tous mes sonnets composent, mis ensemble,
La trame d’un banal roman d’apprentissage,
Quoiqu’un peu galvaudé par tous ces lesbianismes.

Je crois qu’ici prend fin, sans que ma main ne tremble,
Un récit dans lequel, si je ne fus pas sage,
J’ai su faire rimer de nouveaux érotismes.

Des nouvelles

Cher.e.s lecteur.trice.s,

Si vous me lisez peu ici depuis quelque temps, c’est que j’essaie actuellement de faire publier mes poèmes. Je crois que ce blog m’a permis de composer un recueil complet, achevé, et qui s’il voit le jour sera enrichi de quelques inédits.

Souhaitez-moi bonne chance… ! Peut-être que j’écrirai de nouveaux poèmes ; pour l’instant mes efforts se portent sur un autre écrit dans lequel je raconte et analyse, en gros, ma vie sexuelle avant et après les changements que vous connaissez si vous m’avez lue attentivement, avec une portée sociale et politique. C’est queer et tout. Peut-être un de ces quatre en partagerai-je des morceaux. Je ne suis pas très rapide car ma vie est bien chargée et mon travail bien éreintant.

Je ne suis pas très loin ! A très vite.

Mythologie

Aujourd’hui, un peu de démystification, où le JE poétique (dans un mouvement presque contradictoire !) formule un pacte autobiographique qui permet peut-être de dépasser un peu le fil narratif du conte de fées.

Si l’on veut une histoire harmonieuse et lyrique,

Le schéma narratif impose une logique

Où vont de mal en mieux toutes choses humaines,

Car après des erreurs advient toujours l’hymen.

Tous mes poèmes crient l’idéal amoureux

Que j’ai sans le prévoir édifié peu à peu,

Et que j’ai couronné par mes délices neuves :

Ainsi le mythe dit que mes erreurs sont veuves.

Mais ces fragments partiaux sont choisis avec soin.

Je dis si peu, si bien, pourtant, un peu plus loin,

Il y a nos frayeurs, nos sanglots, nos discordes,

Ces taches du réel qui souvent nous débordent.

Démiurge du papier, je puis les ignorer,

Pour créer une fiction très simple et très flatteuse,

Comme une poudre d’or chasse la nébuleuse.

Je peux aussi choisir de ne pas les nier,

Car sans difficultés il y a moins de substance.

Notre amour est allègre, et les choses avancent.

L’Introspection astreinte

Changeons un peu de sujet. Programme : des rimes ou assonances assez libres en écho tout au long du poème, une antithèse filée entre le bonheur et les failles psychologiques intimes, et un verbe inventé (sale habitude, désolée). L’hiatus inaugural du titre donne le ton. La poétesse déboute un peu sa propre mythologie de l’amour et de la sexualité, il faut bien balayer devant sa porte et ne pas s’enfermer dans un discours trop simple, n’est-ce pas ?

Mais l’âpre vérité, c’est que je me débats.

Je l’aime tellement que j’ai peur de la perdre.

Lorsque je gratte un peu la croûte avec mes doigts,

Sous la peau rose et saine opalescent mes vers

Que j’avais laissés là pour une fois prochaine.

Et je n’y trouve plus mes douleurs d’autrefois,

Les amours attristées et les rêves obscènes,

Car je suis très heureuse et j’ai de beaux ébats.

Je n’y trouve que moi. Je n’ai plus de prétextes

Pour ignorer l’angoisse enterrée dedans moi,

Pour ignorer des plaies qui restent entrouvertes –

Ma terreur d’un rejet que j’infligeai naguère ;

Le sûr pressentiment que l’on ne m’aime pas…  –

Sous ma croûte éternelle et qui, calmes, macèrent.

Cunnilingua

Encore un poème commencé il y a un moment, mais qui demandait du temps pour être amendé et poursuivi. Programme : un ressaisissement sémantique d’un mot bien connu, des rimes sans grande rigueur dans l’alternance (tant pis), deux quatrains cycliques et déliés comme le sujet évoqué et deux tercets en forme de serment solennel.

Je suis celle qui lèche et celle qui aspire

Son frisson dans la combe ombrageuse et touffue

Où la fente écartée par ma langue crochue

Trace son liant sillon pour lequel je soupire

Et le cercle infini que je trace à mon tour

En soignant mes détours comme un rameau grimpant

Rougeâtre et carnivore tendu vers son amour

Fait naître un long soupir réciproque et pressant

Il me faut mériter l’épithète homérique,

Alors je fais poème où ma concupiscence

Végétale et vivante, est exacte allégeance.

Adieu, vieux monde, adieu ; je me voue aux feuillures,

A l’abîme et l’obscur ; et meurent les parjures.

Cunnilingua semper do fidem nunc et hic.

At least, I tried

Et pour ne pas rester sur de vieux poèmes du passé, en voici un nouveau. Il couvait depuis longtemps, mais il vient seulement d’être achevé. Au programme : des rimes farceuses sans aucun respect des canons poétiques, une réflexion sur le female gaze since it’s a thing, et un vers final qui fait (assez ironiquement ?) retour à la muse unique et familière. Il paraît que mes introductions de poèmes sont aussi obscures, voire plus, que mes poèmes eux-mêmes : eh, débrouillez-vous avec ça.

Mais toutes ces années je me suis fourvoyée.

J’ai pourtant essayé : j’ai maté, j’ai touché,

Et goûté, puis écrit. Toute ma poésie,

Je l’ai confectionnée sur ce projet précis.

Car il est bien besoin de raconter les hommes,

Cachés artistement sous leurs muses aphones ;

De raconter leur peau, leur cul, et sa texture,

Pour révéler qu’ils sont, eux aussi, créatures.

J’ai voulu célébrer ces beautés méconnues,

En déplaçant un peu les regards canoniques.

Mais mes rimes trahissent mes louables vues :

Tous ces E fuselés, instinctifs, qui les narguent !

J’ai quitté mes amants. Et mes nouveaux cantiques,

Je les voue aux beautés dont l’amante se targue.

Welcome to Love

Super oldie. C’est comme ça parfois : on laisse de côté un truc impubliable, et puis on l’oublie, et on découvre qu’il est dans le tiroir depuis quelques années. Alors le programme de ce vieux poème périmé c’est : deux références musicales sur les affres de l’amour, flux de pensée et de cris, et volonté de finir un amour par la fuite poétique. Ce poème est l’un des derniers que votre humble servante ait écrit pour une certaine personne.

« Je sais qu’on serait même pas heureux ensemble »

Voici le vers boiteux mon pare-amour pour lui

Le monde le murmure et la chanson le dit

Bienvenue dans l’oubli parmi les voix qui tremblent

Et puis il est parti pourquoi penser toujours

Mais est-ce mal enfin d’aimer ici puis là

Ne suis-je pas comme eux comme elle ou comme toi 

Je voudrais te crier Que mes regrets sont lourds

Il faut que cesse un jour ce gourd enfantillage

Et casser ce babil tressé de mes doigts frais

La solitude hélas me confond davantage

Au diable l’inconstant au diable les amants

Laisse-moi tu me tues je n’en peux plus j’aimais

Trop tout en toi mais je dois te fuir maintenant.

La Lecture entravée

Un poème déjà assez ancien et tout à fait obsolète que je n’ai pas publié car j’étais hésitante quant au premier vers, dont l’irrégularité alexandrine choisie me semblait discutable. Comme je n’ai toujours pas tranché, tant pis, jetons les dés, et programme : un hémistiche de cinq syllabes exprimant l’urgence, un hémistiche de sept syllabes exprimant l’écrasement, et une métaphore filée livresque aux accents nocturnaux et arachnidéens un poil trop romantiques peut-être.

Je cherche partout, écrasée par ton silence,

La trace disparue de ta chère existence 

Et les livres copieux dont je veux me repaître

Ne savent occuper nulle part de mon être.

Alors avide j’ouvre, et pour ta voix entendre,

Une page qui peut devant moi te prétendre ;

Et puis pour te connaître explore encor, perdue

De pages blanches, plus, que ne veut ma berlue.

Es-tu ce livre ouvert, blanc, impalpable et vierge

Que couvre l’araignée de ses pattes légères

Pour déposer cachée des syllabes lunaires ?

Ou ce livre fermé, dont le loquet tenace

Garde quelque secret trop réel et fugace

Et qui m’échappe encore alors qu’il me submerge ?