Un poème de nuit, un poème qui change de format, et pour une fois, un poème sans trop de technique (et sans trop d’assurance) : je ne dirais pas qu’il s’agit d’écriture automatique (déjà, parce que ce n’est pas mon délire), mais on est au plus près de ce qu’on pourrait qualifier, pour moi qui me prends un peu la tête, d’une écriture intuitive. Programme : Roland Barthes et Jean de La Croix, douleur lyrique, rimes ponctuelles et qui trichent.
Et la nuit éclairait la nuit
Le jour pour moi n’est pas le jour
C’est la nuit noire ensoleillée
C’est l’amour puant dans les décombres
Celui qui m’attache à tes pieds
Qui me vacille et qui me traîne
Comme pénombre à tes côtés
Où court lugubre et pudibonde
L’ombre que j’ai de toi volée
Et la peine éclairait la peine
La joie pour moi n’est pas la joie
Il n’y a que le bruit patient
D’amour qui frappe mes années
Clémentes mais insuffisantes
A faire passer mes grands regrets
Car je ne sais comment t’avoir
Et car j’échoue dans mes projets
Oh mon cœur fond comme une mare
Et le gouffre éclairait le gouffre
Le mont pour moi n’est pas le mont
Je préfère l’abysse au nuage
Et les creux brûlants aux mensonges
Que pleuve ma complainte humide
Et que tu t’enfuies dans mes songes
On peut se terrer comme un ange
Mais tout noircit et tout me ronge
Je m’éclaircis de mes émois.
