Prolepse

Au programme ce soir : un motif ronsardien pastiché sans aucune vergogne, une première évocation poétique de mes douleurs physiques réinterprétées par métaphore anticipatrice (rien que ça), et beaucoup de R grinçants comme le corps souffrant décrit.

J’ai les bras accablés et le dos pétrifié ;

Déjà mon corps dédaigne avec moi d’être allié,

Si jeune que je sois. Alors, dans cinquante ans,

Quand je serai bien vieille, auprès du feu lisant,

Peut-être que mes yeux seront seuls bien portants,

Et que je ne pourrai rien faire de longtemps

Que souffrir vaguement, immobile, à pleurer,

A cumuler mes maux, à sécher mes pensers.

Alors je serai seule, et ton corps chaud, parti ;

Tu auras délaissé mon corps frêle, et meurtri

Par mes ruées assenées sur notre couche, amer.

J’aurais pu, me dirai-je, essayer de soigner

Ma douleur éternelle avecque ses baisers ;

Je me suis délabrée dans des froids adultères.

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