Prolepse

Au programme ce soir : un motif ronsardien pastiché sans aucune vergogne, une première évocation poétique de mes douleurs physiques réinterprétées par métaphore anticipatrice (rien que ça), et beaucoup de R grinçants comme le corps souffrant décrit.

J’ai les bras accablés et le dos pétrifié ;

Déjà mon corps dédaigne avec moi d’être allié,

Si jeune que je sois. Alors, dans cinquante ans,

Quand je serai bien vieille, auprès du feu lisant,

Peut-être que mes yeux seront seuls bien portants,

Et que je ne pourrai rien faire de longtemps

Que souffrir vaguement, immobile, à pleurer,

A cumuler mes maux, à sécher mes pensers.

Alors je serai seule, et ton corps chaud, parti ;

Tu auras délaissé mon corps frêle, et meurtri

Par mes ruées assenées sur notre couche, amer.

J’aurais pu, me dirai-je, essayer de soigner

Ma douleur éternelle avecque ses baisers ;

Je me suis délabrée dans des froids adultères.

« Excuse-moi, jeune amie »

Pour bien entamer cette rentrée scolaire, voici une historiette sur mes déboires de jeune prof dans un lycée : quand l’on ne s’extasie par sur ma jeunesse et sur mon look, on (un élève) me prend… pour une élève… et s’adresse à moi avec familiarité. Programme du soir : un pastiche de Ronsard à ma coquine et alexandrine sauce, une moquerie amusée, et une rime erronée.

Mignon, sans façon non, n’allons voir si ma rose

Qui de très bon matin en des draps fut éclose

A point gagné de plis dans ses replis voilés

Et un teint plus pourpré dans des lieux déguisés.

Toujours jeune peut-être, et tu m’en vois flattée,

Néanmoins plus assez pour ce genre d’amitiés

Qui permettraient un tu, quand le vous est de mise,

Je ne saurais répondre à ta manière exquise.

Car quoique bien poli, bien civilisé,

Tu t’abuses trop vite en ta sotte apostrophe :

Ici me voici vieille, ennemie, enfin, prof.

S’il faut une morale à cette humble anecdote :

S’il est doux d’être crue élève et non despote

Il est bon d’être sourde aux bourdes des mouflets…