Aujourd’hui, pour une fois, ce n’est pas un poème de ma plume que je publie, mais un poème imprévu, imprévu car c’est son titre, imprévu car petit morceau exquis au milieu d’un recueil un peu trop fait de sentimentalisme chrétien à mon goût : un poème écrit par le père de l’oncle de ma mère.

Mon grand-grand-oncle donc, Louis Villiers de Casanove, est un poète mauricien né en 1900. J’ai cherché sur le net tout ce que je pouvais pour en savoir davantage sur lui ; malheureusement, la poésie de l’Île Maurice n’a pas le rayonnement et l’aura de la poésie française, et je n’ai pas trouvé grand-chose. Voilà le peu que je sais : il fut fonctionnaire ; il fut influencé par Leconte de Lisle et Rimbaud ; il publia deux recueils de poèmes, Le Coeur inquiet en 1931 et Poèmes épars en 1971, dont est issu le poème que je partage juste après. Il est également l’auteur d’un essai critique dont je n’ai pu découvrir le propos, Âmes et Visages. Il a contribué aux Cahiers mauriciens, une revue de littérature d’auteur.trice.s mauricien.ne.s, dans les années 1940. Il a vécu, à la fin de sa vie, en Australie, ayant migré là-bas comme nombre de mes cousin.e.s éloigné.e.s mauricien.ne.s. Un article du Monde de 1976 consacré à la littérature mauricienne le cite.
Ma mère possède ce qui est probablement le seul exemplaire en Europe des Poèmes épars, dédicacé. On trouve encore quelques-uns de ses livres à Maurice et en Australie, vaguement.
Si Internet a le pouvoir de ressusciter, ne serait-ce qu’un peu, le patrimoine oublié, alors ça vaut le coup d’écrire un petit article sur un petit blog, pour que peut-être un jour quelqu’un.e qui s’intéressera à Louis Villiers de Casanove trouve au moins ce poème, ce moment de grâce au milieu d’un oeuvre pas toujours convaincant.
L’imprévu
J’avais marché longtemps là-bas
par des chemins calmes et sages,
fermant les yeux, pressant mon pas,
devant les coeurs et les visages.
Mais tu m’as pris en ton lasso,
derrière ton fougueux coursier
traîné en loque sans pitié,
mettant ma devise en lambeaux.
Jamais encore de l’amour
je n’avais vu le vrai visage ;
j’avais marché là-bas toujours
en des sentiers calmes et sages.
Et je termine sur deux vers – un autre moment de grâce- publiés dans les Cahiers mauriciens de janvier-mars 1944 :
Mon rêve est mort, ainsi les liserons qui meurent
le long des verts sentiers où passent les enfants.